Quand l’IA frappe aux portes des majors

Universal Music et Warner Music s’apprêtent à signer des licences inédites avec des entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle. L’objectif : définir comment les géants de la tech devront rémunérer l’utilisation de catalogues musicaux pour entraîner leurs modèles et générer de nouvelles créations, d’après le Financial Times.

Une négociation décisive pour l’industrie musicale

Selon des sources citées par le Financial Times, les discussions entre majors et sociétés d’IA pourraient aboutir dans les prochaines semaines. Universal et Warner, qui regroupent des artistes comme Taylor Swift, Kendrick Lamar, Charli XCX ou encore Coldplay, souhaitent établir une grille de rémunération inspirée du streaming : chaque utilisation d’un titre déclencherait un micropaiement, comme c’est déjà le cas sur Spotify ou Apple Music.

Parmi les acteurs impliqués figurent des start-up comme ElevenLabs, Suno, Stability AI, Udio ou Klay Vision, mais aussi des groupes majeurs tels que Google et Spotify, encore en phase exploratoire.

Éviter un “scénario Napster” bis

Pour les majors, ces accords sont une façon de prendre les devants face à la vague de contenus générés par l’IA. L’industrie ne veut pas répéter les erreurs du début des années 2000, quand Napster et LimeWire avaient failli l’anéantir.
Elliot Grainge, PDG d’Atlantic Records, cité par le Financial Times, compare d’ailleurs la situation actuelle à cette période : « Nous avons vu l’industrie perdre jusqu’à 70 % de sa valeur. Cette fois, les labels négocient avec plus d’expérience et une volonté de protéger les artistes. »

Vers une reconnaissance automatique des usages

Un point crucial des discussions concerne la traçabilité. Les labels demandent aux plateformes d’IA de développer des systèmes capables d’identifier quand une chanson est utilisée, à la manière du Content ID de YouTube. Sans cette technologie, impossible de garantir une rémunération équitable.

La difficulté vient du fait que l’IA ne se contente pas de diffuser des morceaux, mais peut aussi les transformer, les sampler ou les intégrer dans de nouvelles compositions. Cela soulève des questions inédites de droit d’auteur et de transparence vis-à-vis des artistes.

Sony en embuscade

La troisième major, Sony Music (Beyoncé, Adele), confirme également être en pourparlers : « Nous discutons avec les entreprises dont les modèles sont entraînés de façon éthique et qui apportent une vraie valeur à nos artistes et auteurs », a déclaré le groupe.

Des chiffres déjà vertigineux

La prolifération de morceaux générés par IA devient difficile à ignorer. En septembre, Deezer révélait qu’un tiers des titres mis en ligne sur sa plateforme provenaient de l’intelligence artificielle. De son côté, Spotify a supprimé plus de 75 millions de morceaux jugés “spammants” en un an, selon le Financial Times.

Le spectre des procès

En 2024, plusieurs majors avaient attaqué en justice Suno et Udio pour violation du droit d’auteur. Les négociations actuelles visent aussi à solder ces litiges en intégrant un règlement pour les utilisations passées des catalogues, rapportent les sources du Financial Times.

Un tournant à haut risque

Les dirigeants de labels préviennent toutefois que ces accords seront plus complexes que ceux du streaming. Là où Spotify ou Apple Music diffusent simplement des morceaux, les IA peuvent absorber l’intégralité de l’histoire musicale pour générer des œuvres “nouvelles”.
« La vraie question est : les artistes vont-ils accepter que leur musique soit utilisée ainsi ? », résume un cadre de major.

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